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La Provence : « Je reste à Marseille » : le Pr Vivier explique son renoncement à diriger l’Institut Pasteur

Date : 1 décembre 2017
Category : Revue de presse


Un poste de directeur général auquel, contre toute attente, Éric Vivier vient de renoncer : « Je ne suis pas allé au dernier grand oral à l’Académie des sciences. Il s’est agi pour moi de faire un choix : je reste à Marseille ». Parmi les « raisons multiples » qui ont motivé cette décision, le travail réalisé sur ce territoire, et surtout « les perspectives qui s’ouvrent ici dans le domaine de l’immunologie » ont pesé lourd.

Une « immunopôle » unique en France

Reconnus comme les meilleurs en France dans cette discipline qui est en train de révolutionner la médecine, les chercheurs marseillais bénéficient depuis 2015 d’une structure unique en France : Marseille Immunopôle. « Cette fédération hospitalo-universitaire coordonne tous ceux qui font de l’immunologie », résume le Pr Vivier. Concrètement, ce sont 2 000 chercheurs, enseignants et cliniciens de l’AP-HM, de l’AMU, de l’Institut Paoli-Calmettes, mais aussi, et c’est inédit en France, des industriels de la pharmacie, qui font converger leurs expertises pour la mise au point de traitements. Éric Vivier est notamment co-fondateur d’Innate Pharma. Cette société phare de la biotech française a conclu, en 2016, un accord historique de 1 milliard d’euros avec le géant britannique AstraZeneca pour commercialiser une molécule contre le cancer.

En juillet dernier, à Luminy, l’Immunopôle s’est dotée d’une « boîte à médicaments » : le MI-mAbs (pour Marseille Immunopôle monoclonal antiobodies) : un incubateur, où les laboratoires de recherche et les industriels peuvent tester de nouveaux traitements contre les cancers et les maladies inflammatoires.

Le CIML participe encore au projet Pioneer, coordonné par cancérologue marseillais Fabrice Barlesi, qui regroupe une équipe internationale de chercheurs et cliniciens dans un défi contre le cancer du poumon. Ce programme, dont le coût total est évalué à 25 millions d’euros, est l’un des 10 lauréats du 3e appel à projet Recherche hospitalo-universitaire en santé du programme Investissements d’Avenir.

« En deux ans d’existence, Marseille Immunopôle a réussi à lever 40 millions d’euros », se félicite Éric Vivier. Ce financement comprend notamment les fonds européens Feder (6,5 €), ou encore par la fondation MDS Avenir, du géant américain de la pharmacie Merck and Co.

Des milliers d’emplois à la clé

Bref, il était plus que temps que cette « pépite » scientifique, longtemps négligée, attire (enfin) l’attention et le soutien des collectivités… Comparable, selon Éric Vivier, à la découverte de la pénicilline et des antibiotiques, l’immunothérapie représente, outre les progrès médicaux, « un nouveau marché pharmaceutique fantastique avec des milliers d’emplois à la clé ». Mais Éric Vivier met en garde les décideurs : « La recherche demande à s’investir sur le temps long, qui dépasser les mandats politiques ! Et puis il faut savoir parier sur des choses qui vont peut-être marcher, mais peut-être pas, ou pas tout de suite ».

Quand Marseille laisse échapper le prix Nobel

Dans les années 70, ils n’étaient qu’une poignée à croire à cette nouvelle voie de recherche. 40 ans plus tard, aucune multinationale de la pharmacie ne s’en tient à l’écart. À Marseille, le CIML, sorte de « kolkhoze de la recherche » s’est implanté dans le « Larzac scientifique » qu’était alors la pinède de Luminy. Son credo : « la recherche fondamentale… est fondamentale. On n’a pas inventé le laser en voulant améliorer la bougie ! ». En 1987, c’est dans ce contexte que Pierre Golstein, chercheur du CIML, a découvert la molécule CTLA-4, qui s’est avérée être une cible thérapeutique dans les cancers. « À l’époque, nous n’avons pas su, sur ce territoire, s’emparer de cette découverte majeure ». Un chercheur américain l’a fait. En 2015, il a obtenu le prix Lasker : l’antichambre du prix Nobel…

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